Une analyse des textes évangéliques sur la résurrection

Par sa recherche, John S. Spong voulait lancer un dialogue pour créer un espace pour l’Église de demain. Nous en avons sacrément besoin, j’en suis convaincue ! À la lecture des premiers chapitres, défile un film déroutant, en cinq séquences successives (voir encadré ci-dessous). Cette analyse chronologique me désarçonne ; Jean-Pierre, un autre membre du groupe, ne l’est pas, à mon grand étonnement. Alors, la résurrection, c’est quoi ?

Un tableau des différences entre les évangiles concernant la résurrection de Jésus

Notes du tableau :
7 SPONG, JOHN S., La Résurrection – Mythe ou réalité ?, éd. Karthala (2016), p. 121.
8 Schillebeeck, lui, croit déceler le développement d’une liturgie pascale de Jérusalem. La croyance des apôtres en la résurrection aurait été associée à la visite au Saint Sépulcre ; le jeune homme vêtu de blanc serait un agent de la liturgie et cela aurait mené au Chemin de Croix.
9 Datation des évangiles? | Réformés.ch. (https://www.reformes.ch/questiondieu/datation-des-evangiles)
10 La majorité des chercheurs l’identifient au Clopas de Jean (19.25). Serait-ce le fils du frère de Joseph et le père de Syméon, qui devint le chef de l’Église à Jérusalem après la mort de Jacques ?
11 Évangile selon Jean.(https://franco.wiki/fr/%C3%89vangile_selon_Jean.html)
12 SPONG, JOHN S., La Résurrection – Mythe ou réalité ?, éd. Karthala (2016), p. 293.
13 FoiLangageSynthese-J.S.Spong (https://ateliermariste.org/170831FoiLangageSynthese-J.S.SpongDV.pdf)

Dans les chapitres suivants, Spong nous livre quelques indices ; il se lance presque comme un détective dans une entreprise de réduction à l’essentiel : quoi qu’ait été Pâques, cela s’est passé en Galilée. Pierre est un personnage central du drame. Il est le premier, après avoir traversé des doutes, des peurs et des reniements, à avoir une vision renouvelée de la figure de Jésus, de la vie qu’on reçoit quand on la donne. L’histoire du reniement de Pierre contient sans aucun doute un fait historique, sans en prendre les détails au pied de la lettre. Spong fait pertinemment remarquer qu’il est inhabituel qu’un mouvement présente ses responsables sous un jour défavorable.

Spong voit un lien entre l’expérience de la résurrection de Jésus et la répétition du repas pris en commun par les apôtres : « Il prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et le leur donna ». Est-ce que ces paroles proviennent des liturgies chrétiennes primitives ? Spong pense que l’expression « le troisième jour » serait une référence apocalyptique issue des anciens textes talmudiques : la résurrection générale à la fin du monde se déroulerait à l’aube qui suivra le troisième jour après la fin du monde.

Lecture de la thora

La méthode du midrash

L’évêque Spong affirme que les premiers disciples avaient vécu « quelque chose » d’absolument indescriptible. Dès lors, ils ne pouvaient en parler qu’avec des midrashim, comme le pratiquaient les sages rabbiniques. Un midrash est à la foi un recueil d’interprétation des Ecritures ainsi qu’une méthode qui permet de continuer à les développer, par exemple en mettant un événement présent en relation avec un événement de l’histoire sainte. Ainsi, l’Ascension de Jésus serait une reprise de celle d’Elie… Evidemment, les chrétiens d’origine païenne ignoraient la façon dont les Juifs comprenaient les Écritures et ils commencèrent à ne plus questionner les récits évangéliques, devenus dès lors paroles sacrées. Spong questionne : Qu’est-ce qui pourrait expliquer le nouveau courage des apôtres, la nouvelle liturgie et la redéfinition de Dieu ? Qu’est-ce qui a pu pousser des gens à dire à propos de Jésus de Nazareth avec une conviction impressionnante : « La mort ne peut le vaincre ! Nous avons vu le Seigneur ! » ? Une expérience indescriptible a dû sortir les apôtres de l’effondrement et les transformer à tel point qu’ils sont retournés, en intrépides témoins, à Jérusalem, au risque de leur vie. Plus je lis Spong, plus je me sens seule – au niveau des idées – dans mon village. J’ai pourtant le besoin de partager ma foi avec d’autres. Son œuvre repose sur des hypothèses, il le reconnaît. La plus haute vertu est l’honnêteté, écrit-il. Oui, son livre nous pousse à nous questionner sur ce qui s’est passé, au-delà des mythes, légendes et nombreuses incohérences des Évangiles. Je lui en sais gré.

Cependant, comment garder un engagement avec ceux qui ont une foi enfantine ou celle du charbonnier ?

Le jour de Pâques, je n’ai pas supporté cet isolement provoqué par la remise en question de Spong. A l’aube du dimanche de Pâques, je retrouve les trois autres communautés du village de Blonay–St-Légier au cimetière. Nous proclamons à 6 h du matin, au milieu du cimetière, que Jésus est ressuscité et finissons dans le temple de La Chiésaz par une cérémonie œcuménique, ensemble avec nos différences.

Cependant, je reste avec plusieurs membres du sous-groupe sur ma faim : que reste-t-il du surnaturel après cette lecture ? Claude, lui, se demande ce qu’il reste de Jésus, si beaucoup des événements dans lesquels Il apparaît ne découlent que des midrashim. Pour Claude, il y a vraisemblablement au départ un homme exceptionnel. Cependant, il aime cette idée que les midrashim sont un des moyens de réflexion qui ont surgi dans l’humanité et qui l’ont guidée sur la piste de la Sagesse au cours des millénaires. C’est cette Sagesse qui révèle Dieu. Plutôt que penser que Spong détruit tout par son analyse, voyons dans ces midrashim des moyens de réflexion qui ont surgi dans l’humanité et qui l’ont guidée sur la piste de la Sagesse au cours des millénaires. C’est cette Sagesse qui révèle Dieu. Plutôt que penser que Spong détruit tout par son analyse, voyons dans ces midrashim des moyens concrets qui illustrent le développement de la pensée spirituelle de l’humanité, pensée dans laquelle n’apparaissent ni violence ni recherche de pouvoir. Pour Claude, la naissance, la mort et la résurrection de Jésus sont des symboles qui doivent être envisagés comme des représentations de ce qui se passe aujourd’hui, des accomplissements actualisés des textes anciens, en un mot, des midrashim.

« Et toi, que crois-tu ? » m’interpelle Claude. Me confronter aux rajouts présumés des Évangiles me pousse à me centrer plus encore sur les deux préceptes essentiels de Jésus : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »

Comment mettre sur papier mes doutes si ce n’est par des questions ? Croire, c’est aussi vivre avec des doutes… Je crains les grandes déclarations qui ont d’ailleurs divisé l’humanité. Peut-être que la Résurrection, c’est le fait d’être libérés ? De me libérer de la crainte, d’un esprit de soumission, des entraves que m’impose la société ? « Il n’y a ni juif ni grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un en Jésus-Christ » (Galates 3, 28-29). Est-ce cela qui a fortifié les martyrs des premiers siècles de la chrétienté ? Ou les paraboles ?

Je crois que Jésus était comblé de l’Esprit de Dieu. Je n’ai pas de ligne téléphonique direct avec Lui, mais il me parle maintenant encore par ses paraboles et ses récits, parfois une petite voix en moi, parfois par des intermédiaires, il donne un sens à ma vie ou me le fait rechercher. Ne sommes-nous pas, nous les humains, des temples ô combien imparfaits de Dieu dont Jésus nous a révélé la compassion sans fin ? Comment ne pas être humbles devant cette éternité d’amour, mystère qui nous dépasse. Nous aspirons au divin et cela nous rend profondément humains.

Finalement, pouvons-nous partager les questions soulevées par l’évêque Spong avec les 97,5% de personnes – dont des proches que j’aime beaucoup – qui ne fréquentent pas ou plus les églises ? Mes pairs du Club Cèdres me disent que oui. Et vous, chers lecteurs, qu’en pensez-vous ?
Ma conclusion, pour l’instant, c’est d’aimer… mais les questions restent !

Avant Noël, j’étais tombée sur des témoignages de chrétiens s’engageant pour les autres. Je vois des Sœurs en Syrie qui risquent leur vie pour soutenir les victimes du régime ; je lis dans mon quotidien le jugement inique prononcé contre Jimmy Lai, fervent chrétien, le plus vieux prisonnier politique de Hong Kong. (https://chretiens.com/monde/hong-kong-jimmy-lai-reconnu/2025/12/15/10/47/) Sans oublier Wang Quanzhang qui, après quatre ans et demi d’incarcération, jouit d’une liberté illusoire. Il avait travaillé sur des sujets jugés sensibles par le gouvernement chinois, notamment la liberté religieuse, et représentait des membres du Mouvement des nouveaux citoyens. Je doute que ces personnes investissent autant d’énergie à disséquer les Écritures ; leurs actions et leur foi, peut-être naïve, les rapprochent plus du message de Jésus que des théories.

Et quelles actions devraient en découler ?

Au moins celle de manifester ? Le 10 décembre, nous étions une douzaine de personnes du troisième et du quatrième âge à manifester en faveur des personnes persécutées à cause de leur foi. Nous étions de différentes confessions et parmi nous, il y avait certainement des personnes prenant la Bible à la lettre. Cependant, nous étions unis, et bien des jeunes ont lu nos panneaux. Là, tout à coup, j’ai compris un des sens que la vie nous offre en fin de parcours : témoigner face aux plus jeunes. Moi qui rêvais d’être poussière d’étoile après ma mort, j’adhère à la vision de John S. Spong sur l’au-delà : l’homme a cette singularité « d’être […] conscient de sa finitude ce qui le conduit à inventer un sens à son existence ». « L’esprit de cette créature dépasse les limites de la vie et semble en quelque sorte partager une dimension d’éternité ». « Je peux simplement dire qu’aux confins de la vie, […] les concepts de réalité transcendante, d’amour infini et de vie éternelle font toujours sens pour moi. »

Mais pour l’instant, je suis bien vivante et c’est la vie qui me passionne et les paroles de Jésus peuvent me guider. Lui qui était juif devait connaître les 613 préceptes du judaïsme. Est-ce que cet article s’inspire du 613e commandement « et maintenant, écrivez pour vous ce cantique !? » (Deutéronome, chapitre 31, verset 19.)

Ce texte n’a pas la prétention d’être un cantique mais il retrace le cheminement fait avec des pairs au Club Cèdres : oui, c’est à chacun de nous d’écrire avec nos propres mots le poème de la vie.

Monique Bassin