EPILOGUE

Epilogue

Hilary Putnam dit n’avoir pas fait état de sa croyance religieuse mais avoir encouragé les lecteurs à affronter ces auteurs difficiles. Écartant une explication rationnelle, il pense que nos valeurs et nos croyances sont subjectives au sens où elles appartiennent à des sujets, des individus et des communautés humaines et ont quelque chose d’un idéal.

La croyance religieuse partagée est aussi une chose sur laquelle on peut avoir raison ou tort. On peut voir en Dieu une projection humaine qui incarne nos idéaux les plus élevés (Devey). Nos valeurs et nos idéaux sont subjectifs au sens où ils appartiennent à des sujets et des communautés humaines. C’est donc quelque chose sur quoi on peut avoir raison ou tort. Un idéal n’en reste pas moins quelque chose d’intellectuel, sauf que, à certains moments, ces idéaux ont pu être extraordinairement réels dans leur réalisation.

Hilary Putnam ne croit pas à une vie après la mort, ni à un Dieu qui interviendrait dans le cours de l’histoire. Pour lui, la spiritualité veut dire prier, méditer, pratiquer les idéaux, les rituels anciens et faire les expériences qui vont avec tout cela.

Rejoignant le sens commun, voir Dieu comme une personne suprêmement bonne, sage et juste, à laquelle nous nous adressons dans une relation Je-Tu – selon Buber – est plus précieux que le concept métaphysique d’un Dieu totalement autre, pensé à la 3e personne, ce que Buber veut que nous cessions de faire. Cette vision est profondément sympathique à Hilary Putnam.

Rosenzweig a au moins une thèse ontologique sur laquelle il insiste : faire une différence absolue entre Dieu, l’homme et le monde. Cela signifie que sinon toute théologie qui fait de Dieu une construction humaine serait une théologie athée. Pourtant, le sens commun et la théologie retiennent l’homme pour partie du monde. Cette distinction absolue est peut-être pour Rosenzweig une façon de rejeter une conception idéaliste du monde comme une construction humaine. Mais il évoluera.

Martin Buber nous enjoint de ne pas faire de théorisation de Dieu en 3e personne, mais de nous adresser à Lui en relation Je-Tu, comme dans la relation avec d’autres personnes, voire avec beaucoup de parties de la nature, des objets (Je-Cela). Il ne se livre pas à une ontologie de Dieu. Pour Buber, le caractère unique de Dieu ne représente pas un abîme absolu si on a la chance de faire l’expérience d’une relation Je-Tu.

On peut s’achopper à de profondes différences entre les philosophes académiques, mais pour Hilary Putnam, ce serait passer à côté de l’essentiel. Malgré leurs différences, nos trois philosophes et un quart (Wittgenstein, Rosenzweig, Buber et Levinas) militent pour une philosophie en quête d’expérience vécue par les interlocuteurs humains et qui procède par dialogue authentique et non par leçon.

10 février 2026 – Louis Pache